La France connait depuis 1981, l’élection de Mitterrand, et les gouvernements successifs « socialistes libéraux » et autres de droites diverses, une descente aux enfers en matière de désindustrialisation et un taux de chômage quasiment constant (7/8%). C’est le résultat de la « dénationalisation » du secteur bancaire et son contraire la « financiarisation » de l’économie. La « Bourse », la finance mondiale, contre « l’économie administrée » c’est-à-dire la politique de développement de l’Etat par « le plan et sous son contrôle.

La « Financiarisation »

Du Jospin : « l’Etat ne peut pas tout () l’économie n’étant plus administrée», prononcé en 2002 devant les salariés qui occupaient l’usine de Vilvorde (groupe Renault) et s’attendaient à un soutien de l’Etat Français « socialiste » ; au Jospin qui a lancé la vente en bourse des participations que l’Etat possédait dans diverses entreprises d’Etat ou privées, l’économie jusque-là : « administrée » est entrée dans le « grand marché financier international » pour en subir toutes les modes et échecs.

« L’économie « administrée » - c’est-à-dire « un mixte entre : Etat/Privé garanti par l’Etat » et le contrôle du crédit dans le cadre d’un plan d’Etat quinquennal orientant le développement de l’économie française (exemple : le nucléaire, Tgv, Recherche scientifique, etc.) – disparaissait du langage politico/ économique. Tout comme les emplois industriels qualifiés, par ailleurs ! Et en général on admet que la création d’un emploi industriel équivaut à la création de ¾ emplois dans les services. Voilà pourquoi le haut niveau du chômage autour de 8% pour 2/3 millions de personnes.

La Bourse se revivifiait avec les opérations de « Rachats et Fusions d’Entreprises » - un jeu où s’affrontaient les Traders des différents établissements bancaires d’affaires privés, ouverts par la loi du libéral socialisme à la concurrence capitalistique mondialisée ! Les multiples restructurations et délocalisations s’en suivirent. La « rente » contre l’innovation et le bien-être social !

Part de la fabrication industrielle dans la valeur ajoutée (% du Pib) en 2024 (chiffres de la Banque mondiale) : Allemagne, 17/18 %, Italie 15%, France 10% !

Pour autant la « classe ouvrière » ne s’avoue jamais vaincue, elle résiste jusqu’au dernier moment, elle décide même la reprise de son entreprise.

Un document de la CGT syndicat qui accompagne les luttes et refuse « l’accompagnement des restructurations » au contraire de la CFDT est un bon exemple du travail concret d’« un syndicat de luttes de classe » et nous publions un de ses documents !

(publications de la CGT confédérale)

 

A/ la situation est catastrophique

Près de dix-huit mois après l’alerte qu’elle a lancé sur l’industrie, la CGT a présenté ce 9 décembre la mise à jour de sa liste des plans de suppressions d’emplois en France – et le bilan s’alourdit de jour en jour.

Des centaines de milliers d’emplois menacés

Lors de ses Etats généraux de l’industrie en mai 2024, la CGT lançait l’alerte sur l’effondrement de l’emploi notamment dans l’industrie : 130 plans de suppressions d’emplois depuis septembre 2023. Mise à jour au fur et mesure, la liste noire a depuis été présentée à chaque premier ministre :

  • Michel Barnier en septembre 2024, avec 180 plans ;
  • François Bayrou en janvier 2025, avec 250 plans ;
  • Sébastien Lecornu en septembre 2025, avec plus de 400 plans.

Près de dix-huit mois après la première alerte, 483 plans de suppressions d’emplois ont été recensés, soit 107 562 emplois menacés ou supprimés (dont près de la moitié dans l’industrie). En y ajoutant les emplois indirects et induits (services, commerces proches, sous-traitants…), l’impact négatif serait de 200 à 300 000 emplois depuis septembre 2023.

Ce nombre est certainement bien inférieur à la réalité, alors que la Dares comptait 600 plans de suppressions d’emplois pour l’année 2024.

Premier coupable : la politique de l’offre du gouvernement

Pourtant alerté à de multiples reprises, le gouvernement n’a pris aucune mesure pour contrer cette hécatombe – au contraire, il poursuit sa politique de l’offre, principale cause de la désindustrialisation du pays :

  • Il n’a jamais été aussi facile de licencier en France depuis les dernières décennies, avec le plafonnement des indemnités pour licenciement abusif, les ruptures conventionnelles collectives…
  • Des milliards d’euros d’aides publiques sont distribuées chaque année aux entreprises privées (211 milliards en 2024), sans contrepartie sur l’emploi ou les investissements. C’est le cas de Sanofi (biopharmacie), bénéficiaire de plusieurs milliards d’aides, qui a pourtant supprimé près de 12 000 postes en vingt ans ;
  • Les taux de marges ont augmenté, passant de 28 % en 2015 à 32 % en 2025… pour enrichir les actionnaires : les dividendes ont augmenté de 75 %, trois fois plus que les investissements…
  • Le prix du travail ne cesse de baisser : deuxième économie d’Europe, la France n’est qu’au sixième rang pour le SMIC ;
  • Le gouvernement déroule le tapis rouge aux plans-vautours : rachat par des fonds de pensions, abandon des sous-traitants par des sociétés mères…
  • Le politique est absent (collectivités, État) quand une entreprise va mal et qu’il faut trouver une solution.

Une urgence à l’échelle planétaire

À l’heure où les tensions géopolitiques s’exacerbent à l’international (guerre commerciale lancée par les États-Unis de Donald Trump, conflits qui se multiplient), la relocalisation de la production – notamment industrielle – devient plus que jamais un enjeu stratégique. Pourtant, des productions pharmaceutiques sont désormais externalisées, et la balance commerciale de la France sur le marché alimentaire est devenue négative pour la première fois de son histoire.

Alors que la crise climatique s’aggrave chaque année, multipliant incendies, catastrophes naturelles et conséquences désastreuses pour les travailleurs/ses et les populations, il devient urgent de relocaliser les productions pour limiter l’empreinte carbone de l’industrie, tant sur les transports que sur les conditions environnementales de production.

En poursuivant dans la direction actuelle, l’industrie va droit dans le mur, économiquement, socialement et écologiquement.

Des solutions existent

Pour la CGT, il est urgent de mettre en place des assises de l’industrie afin de définir les mesures qui permettront de sauver la production en France. Elle propose d’ores et déjà dix mesures, qui doivent s’appuyer sur des pouvoirs publics renforcés :

5 mesures d’urgence :

  • Moratoire sur les licenciements ;
  • Dispositif national et territorial de gestion de crise industrielle ;
  • Utilisation des leviers publics : préemption, entrée au capital, nationalisations ciblées ;
  • Remboursement des aides publiques pour les entreprises qui font des bénéfices
  • Pouvoir renforcé des salarié·es et élu·es locaux·les devant les tribunaux de commerce.

 

5 mesures structurelles :

  • Donner un pouvoir réel d’intervention aux travailleur·ses ;

Mettre en place une sécurité sociale professionnelle et environnementale, assurant aux salarié·es le maintien du salaire en transition entre deux emplois ;

  • Commande publique et politique d’achats comme leviers de transformation et bouclier anti-dumping ; Usage des aides publiques comme un levier de planification économique ;
  • tarifs réglementés de l’énergie et juste prix bas du carbone.

6 décembre 2025

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B : malgré la situation alarmante, 6 entreprises sauvées par leurs salarié·es

Alors que le patronat sacrifie l'emploi sur l'autel du profit et que l'État laisse faire, les salarié·es se mobilisent pour préserver leur outil de production. Retour sur 6 victoires arrachées par les travailleur·ses avec l'aide de la CGT.

Du charbon à la biomasse : l'exemple de Gardanne

La directive européenne de 2006, prévoyant l’arrêt progressif des centrales à charbon dites « palier 250 MW » à l’horizon 2015, a condamné l’unité d’exploitation de la centrale de Gardanne et plongé tout un bassin industriel dans l’incertitude. Ce choix technocratique, pris sans anticipation ni accompagnement sérieux, a menacé des centaines d’emplois directs et indirects et fragilisé des territoires déjà éprouvés par la désindustrialisation. Face à cette impasse imposée d’en haut, les travailleur·ses, avec la CGT, ont refusé la fatalité et ont porté un autre avenir possible : le projet biomasse.

Pendant sept ans, les salarié·es et la CGT se sont battu·es pied à pied pour préserver l’activité du site, défendre les emplois et imposer une reconversion industrielle ambitieuse, fondée sur l’intérêt général. Leur projet n’a pas seulement permis d’éviter la fermeture : il a démontré qu’une transition écologique cohérente passe par le maintien et la transformation des outils de production, et non par leur abandon. En articulant enjeux sociaux, souveraineté énergétique, utilisation durable des ressources forestières et maintien des compétences, elles et ils ont construit une alternative crédible que ni l’État ni les directions successives n’avaient su proposer.

 Cette lutte exemplaire a fini par porter ses fruits. En novembre 2025, les premières embauches ont été réalisées dans l’entreprise chargée d’exploiter la nouvelle unité biomasse, concrétisant ainsi des années de mobilisation, de travail technique et de propositions syndicales. Ce redémarrage marque bien plus que la relance d’une activité : il symbolise la capacité des travailleur·ses à bâtir des solutions industrielles pérennes, créatrices d’emplois et compatibles avec les impératifs climatiques.

La reconversion de la centrale de Gardanne en usine de production d’électricité à partir de biomasse de bois, portée de bout en bout par les syndicats CGT et les travailleur·ses, démontre qu’un avenir industriel propre, socialement utile et ancré dans les territoires est non seulement possible, mais gagnable. Là où certains ne voyaient qu’un site à fermer, les travailleur·ses ont fait émerger un modèle de transition juste, où celles et ceux qui produisent sont enfin placés au cœur des décisions.

Chapelle Darblay : réouverture actée après six années de lutte

Le 10 septembre 2019, UPM annonçait la fermeture de la Chapelle-Darblay (Seine-Maritime), usine papetière symbole de l’économie circulaire et exemple à suivre en matière d’impact écologique. Cette usine à la pointe de la technologie recyclait l’équivalent du tri de vieux papiers de 25 millions d’habitant·es.

Après six années de lutte et malgré la fermeture, les salarié·es sont resté·es mobilisé·es et ont obtenu la préemption du site par la Métropole Rouen Normandie le 10 mai 2022 pour garantir sa vocation papetière. Trois ans plus tard, elles et ils obtiennent le soutien de l’État via une entrée au capital de 27 millions d’euros.

Le site redémarrera donc d’ici 2028, avec la production de papier ondulé d’emballage à partir de cartons recyclés, la relance de la chaudière biomasse et de la station d’épuration biologique. À la clé : 170 emplois locaux, la réactivation de la voie ferrée et un ancrage fort dans le développement durable de l’axe Seine.

Chapelle-Darblay est un exemple supplémentaire de la ténacité indispensable pour porter les questions industrielles, puisque ce dossier reste en cours après plus de quatre années de lutte. Deux dimensions sont particulièrement notables : le travail constant de construction de convergences avec les collectivités locales, et celui relatif aux financements. Face à un État qui, particulièrement ces dernières années, n’assume pas le rôle qu’il pourrait jouer, les efforts pour arracher des victoires sont considérables, passant notamment par la recherche de financements publics.

Plus de 300 emplois sauvés à la Fonderie de Bretagne

La Fonderie de Bretagne,, entreprise de 300 salarié·es représentant 350 emplois directs, située à Caudan (ex-SBFM), était une filiale historique de Renault. Elle a été vendue en 2022 à un fonds d’investissement sur la base d’un projet dont tou·tes les expert·es avaient souligné les faiblesses. Comme anticipé, l’investisseur n’avait ni les moyens industriels ni les moyens financiers pour accompagner le travail indispensable de diversification du carnet de commandes.

Cependant, le syndicat CGT, les salarié·es et la direction de la Fonderie de Bretagne ont soulevé des montagnes pour garantir leur avenir :

  • mise en place d’une équipe commerciale, enclenchant une diversification du portefeuille avec une dizaine de nouveaux clients (agricole, ferroviaire, défense, mobilier urbain) ;
  • investissements pour moderniser l’outil de travail, faisant de l’usine l’une des fonderies les plus modernes d’Europe ;
  • engagement dans une démarche d’efficacité énergétique ambitieuse visant à horizon 2028 ;
    • 30 % d’économie sur l’électricité,
    • 50 % sur le gaz,
    • 20 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique ;
  • Projets partenariaux : ferme photovoltaïque de 10 MW, stockage d’énergie, récupération de chaleur fatale pour alimenter une partie de la zone industrielle de Kerpont et ses 9 000 emplois.

Grâce à cette mobilisation, un nouvel investisseur, Private Assets (fonds allemand), s’est positionné pour racheter la fonderie et s’est engagé à apporter 11 000 tonnes par an de productions nouvelles, permettant de sortir de la dépendance envers Renault. L’État, la région et l’agglomération de Lorient se sont également fortement impliqués.

 Cependant, après six mois de négociation et malgré un plan de financement bouclé et soutenu par l’État, Renault a annoncé le 20 décembre 2024 son refus de garantir la moindre part de marché, préférant délocaliser sa production en Turquie, en Espagne et au Portugal. S’est alors engagée une lutte des salarié·es de plus de neuf mois, accompagnée par la CGT, les élu·es du territoire et la population. Elle a permis d’obtenir une décision de justice favorable à la reprise par Europlasma, sauvant ainsi la quasi-totalité des emplois et relançant l’activité.

À Duralex, les salarié·es prennent possession de leur outil de production

Duralex est une marque française mondialement reconnue pour avoir mis au point et produit le verre trempé à la résistance légendaire. En vingt ans, l’entreprise a connu de nombreux déboires : quatre propriétaires, deux redressements judiciaires, une faillite en 2008, un redressement le 23 septembre 2020, puis, en 2022, un arrêt temporaire de la production dû à la crise énergétique, entraînant cinq mois de chômage partiel.

En 2024, l’entreprise est placée en redressement judiciaire. Face à la menace de disparition, les salarié·es et en particulier la CGT se mobilisent et élaborent un projet de reprise en coopérative, validé par le tribunal d’Orléans en juillet 2024.

Environ 60 % des salarié·es deviennent alors associé·es, préservant tous les emplois et redonnant à l’entreprise une gouvernance démocratique et participative.

Depuis 2024-2025, la SCOP a engagé :

  • la reprise progressive de la production ;
  • la remise en état de l’équipement industriel ;
  • la relance commerciale des produits emblématiques ;
  • un travail d’optimisation énergétique ;
  • la reconstruction de liens commerciaux fragilisés.

Fin 2025, Duralex SCOP lance une levée de fonds publique d’un objectif initial de 5 millions d’euros pour moderniser ses installations. Bien que plusieurs chantiers restent encore ouverts (foncier, investissements…), la SCOP Duralex incarne une réussite collective et un espoir pour l’industrie verrière française.

À Valdunes, un projet de reprise dans une perspective de décarbonation

La mobilisation exceptionnelle des salarié·es de Valduneset de la CGT, par des grèves, actions syndicales, démarches politiques et juridiques, accompagnée d’un travail approfondi (compétences en droit des affaires, mise en relation des acteurs de toute la filière avec, par exemple, l’implication de la Fédération CGT des Cheminots) a permis de mobiliser des acteurs en capacité d’agir : l’État, la région Hauts-de-France, les collectivités locales, la SNCF, la RATP et Alstom.

Après des mois de lutte, les salarié·es, avec l’appui de la CGT, ont réussi à faire bouger les lignes et à préserver un outil industriel unique, en inscrivant le projet de reprise dans une perspective de décarbonation et de transition environnementale.

In fine

La nationalisation d'Arcelor-Mittal enfin votée à l'Assemblée. La mobilisation des salarié·es d’Arcelor depuis près de deux ans et de toute la CGT, et notamment la fédération CGT des Travailleurs de la Métallurgie, les syndicats CGT des sites d'Arcelor Mittal et leurs unions départementales (Nord, Oise, Moselle, Loire-Atlantique et Ardennes) a eu raison de l’opposition du gouvernement et de l’obstruction du Rassemblement national qui avait déposé 290 amendements pour empêcher le vote de la nationalisation – montrant une fois de plus la duplicité de l'extrême droite vis-à-vis des travailleur·ses.

la CGT appelle le gouvernement à mettre en œuvre ce vote inédit sans attendre et appelle les sénatrices et sénateurs à voter à leur tour en faveur de la nationalisation d’Arcelor.

Publié 12 décembre 2025