Dominique Plihon
est professeur d'économie financière à l'université Paris-XIII et participe à
l'édition de plusieurs revues. Militant altermondialiste, il est également
président du conseil scientifique de l'association altermondialiste Attac.
Jacques Sapir
est directeur d'études à l'EHESS, dont il dirige le Centre d'études des modes
d'industrialisation. Il a obtenu le prix Turgot du livre d'économie financière
en 2001 pour Les Trous noirs de la
science économique. Essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, Albin Michel,
Paris, 2000.
Questions à Dominique Plihon et Jacques
Sapir
Le G-20 qui vient
de se tenir avait pour ambition de poser les bases d'une régulation de la
finance et la lutte contre les paradis fiscaux. C'était tout au moins dans les
intentions affichées par le tandem européen Sarkozy - Merkel, grand pourfendeur
des dérives capitalistes et dans une mesure moindre par Obama qui veut avant
tout à faire redémarrer l'activité économique tout en conservant le leadership
financier américain dans ce domaine essentiel à sa puissance et rallier Wall
Street (qui a voté majoritairement pour lui) à sa vision d'une nouvelle
frontière : « l'écologie ». Comme nos dirigeants appliquent les recettes de
l'orthodoxie libérale, ils se gardent bien de mettre en chantier les
instruments réels de contrôle, comme par exemple un programme de
nationalisation de banques indispensables au développement économique,
industriel et social de leur pays. Les débats semblent donc s'être réduits
essentiellement sur le niveau de rémunération des traders, dont on ne peut
oublier toutefois et sans sympathie particulière pour ce type de métier, qu'ils
ne sont que des salariés subordonnés aux injonctions de leurs patrons et dont
le contrat de travail comprend une part de rémunération à un pourcentage
proportionnel aux montants des opérations réalisées sur les « marchés à risque
».
L’injonction de « sauver la planète » sécrète un
politiquement correct.
La « percée » d'Europe Ecologie, même si elle doit être
relativisée en raison du taux élevé de l'abstention et des hésitations jusqu'à
la dernière minute d'une large fraction de l'électorat, témoigne d'une mutation
assez positive de la sensibilité collective.
Les élections européennes du 7
juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par
l'aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la
« vague conservatrice » à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci
a été des plus relative face à l'abstention, elle réellement historique, que
l'on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de
comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il
est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction
européenne telle que nous la connaissons.