Jeffrey D. Sachs est professeur d’université et directeur du Center for Sustainable Development à l’Université Columbia, où il a dirigé The Earth Institute de 2002 à 2016. Il est également président du Réseau des Nations Unies pour le développement durable et commissaire de la Commission des Nations Unies pour le développement du haut débit.

Sybil Fares est spécialiste et conseillère en politique au Moyen-Orient et développement durable chez SDSN.

Pour instaurer une paix durable au Moyen-Orient, les États-Unis doivent mettre fin à leur chèque en blanc contre les guerres perpétuelles d’Israël et s’allier au reste du monde pour forcer Israël à vivre dans ses frontières reconnues internationalement du 4 juin 1967.

Un cessez-le-feu de deux semaines a partiellement interrompu la relation israélo-américaine, la guerre contre l’Iran. Cette guerre rien n’a rien accompli différent de ce qu’un diplomate compétent aurait pu accomplir en un après-midi. Le détroit d’Ormuz était ouvert avant la guerre et il est de nouveau ouvert aujourd’hui, mais avec un contrôle iranien renforcé.

Pendant ce temps, le chaos continue. Israël est déterminé à faire exploser le cessez-le-feu, car c’était la guerre d’Israël dès le début.

Israël a ébloui le président américain Donald Trump avec la perspective d’une frappe décapitant le régime des « mollahs » en une journée qui mettrait Trump à la tête du pétrole iranien. Par contre Israël, visait une proie plus grande : renverser le régime iranien et ainsi devenir l’hégémon régional de l’Asie occidentale.

La base du cessez-le-feu, le plan en dix points (devenus 14) points de l’Iran, que Trump a qualifié (peut-être involontairement) de « base viable sur laquelle négocier ». Le plan est logique, mais c’est un retrait majeur pour les États-Unis et probablement une ligne rouge pour Israël.

Parmi d’autres points, le plan prévoit la fin des guerres qui font rage au Moyen-Orient, dont presque toutes ont Israël comme cause profonde. Le plan résoudrait également la question nucléaire, en revenant essentiellement au Plan d’action global conjoint (JCPOA) que Trump a déchiré en 2018.

La guerre d’Iran, et les autres guerres qui font rage au Moyen-Orient, remontent à une idée centrale israélienne : Israël s’opposera de façon permanente et ferme à un État palestinien souverain et renversera tout gouvernement du Moyen-Orient qui soutiendra la lutte armée pour la souveraineté nationale.

Il est crucial de noter que l’Assemblée générale de l’ONU a adopté plusieurs résolutions, telles que la résolution 37/43 (1982), affirmant que l’autodétermination politique est si vitale que la lutte armée dans la quête de l’autodétermination est légitime.

L’ONU est née, en partie, de la détermination à mettre fin aux siècles de domination impériale européenne sur l’Afrique et l’Asie. Bien sûr, il n’y aurait aucune raison de lutte armée si Israël acceptait une solution politique, notamment la solution à deux États qui bénéficie d’un soutien écrasant dans le monde entier.

L’objectif central de Netanyahu peut se résumer au « Grand Israël » 

C’est à dire pas de souveraineté palestinienne, et pas de frontières claires pour Israël, même au-delà de la frontière historique de la Palestine sous la domination britannique après la Première Guerre mondiale.

Des extrémistes sionistes comme les alliés politiques de Netanyahou, Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, privilégient le contrôle israélien sur certaines parties du Liban, et de la Syrie, ainsi qu’un contrôle permanent sur tout ce qui était la Palestine britannique.

Les sionistes chrétiens évangélistes américains, incarnés par l’ambassadeur américain Israël Mike Huckabee, et une forte base électorale de Trump, parlent de la promesse de Dieu à Israël concernant les terres entre le Nil et l’Euphrate. C’est fou, mais ce sont de vraies croyances, néanmoins, et elles se transmettent à la maison Blanche.

La stratégie d’Israël est donc un changement de régime dans chaque pays qui résiste au Grand Israël, un plan déjà annoncé dans le célèbre document politique « une rupture nette : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume » (dougfeith .com/docs/) et par des néoconservateurs sionistes américains comme plateforme pour le nouveau gouvernement de Netanyahou en 1996.

Nous avons eu des guerres constantes au Moyen-Orient depuis lors pour mettre en œuvre la vision Clean Break. Cela a inclus la guerre en Libye pour renverser Mouammar Kadhafi, les guerres au Liban, la guerre pour renverser Bechar el Assad en Syrie, la guerre pour renverser Saddam Hussen en Irak, et maintenant la guerre pour renverser le régime iranien.

Cela ne veut pas dire que les États-Unis manquent de leurs propres idées grandioses. Israël veut l’hégémonie régional et ce n’est pas un secret. Netanyahou a confirmé ces ambitions dans ses récentes déclarations sur le fait qu’Israël deviendrait « une puissance régionale, et dans certains domaines une puissance mondiale ».

D’un autre côté, les responsables américains rêvent d’hégémonie mondiale. Et Trump rêve d’argent. Il désire le pétrole iranien et l’a répété à plusieurs reprises.

Quoi qu’il en soit, il est clair que cette guerre est la création de Netanyahu.

Lui et le chef du Mossad sont venus à Washington pour vendre à Trump une bonne fortune. Ce n’est pas difficile. Trump s’est laissé avoir, tandis que tout le monde doutait des affirmations de Netanyahu concernant une frappe de décapitation facile en une journée — essentiellement une reprise de l’opération américaine au Venezuela..

 Avril 2026C’est pathétique d’« écouter » la discussion à la Maison-Blanche, comme l’a révélé le New York Times du 7 04 2026). Netanyahu, escroc, a présenté des scénarios optimistes de changement de régime, que les services de renseignement américains ont contredits, mais que Trump a manifestement acceptés.

Trump et Netanyahu ont été encouragés par des sionistes chrétiens évangélistes (Pete Hegseth), des sionistes juifs et des promoteurs immobiliers (Jared Kushner et Steve Witkoff), un guérisseur par la foi (Franklin Graham) et des flagorneurs de haut niveau (le secrétaire d’État Marco Rubio et le directeur de la CIA John Ratcliffe).

Jusqu’à mardi soir, il semblait que Trump pourrait mener le monde aveuglément vers la Troisième Guerre mondiale.

La vulgarité et la brutalité de sa rhétorique publique étaient inégalées dans l’histoire présidentielle américaine.

Nous savons maintenant qu’il cherchait désespérément une sortie et utilisait le Pakistan à cette fin. Alors que Trump disait au monde que l’Iran suppliait un cessez-le-feu, c’était Trump lui-même qui réclamait un cessez-le-feu, annoncé par le dirigeant pakistanais.

 « Le cessez-le-feu est bon, et le plan en dix points (14 actuellement) est bon », même si Trump ne savait peut-être pas ce qu’il contenait lorsqu’il a dit que c’était une bonne base pour négocier. Israël va, quoi qu’il en soit, faire des heures supplémentaires pour le briser, et il a déjà commencé à le faire, avec des bombardements massifs sur Beyrouth qui tuent des centaines de civils, ainsi que d’autres frappes.

Un accord permanent entre les États-Unis et l’Iran est la dernière chose que Netanyahu souhaite. Cela mettrait fin à son rêve d’Israël en Grand Israël.

Pourtant, il existe une voie vers la paix, et c’est que les États-Unis affrontent la réalité. Israël est le véritable « État terroriste », menant une guerre perpétuelle à travers le Moyen-Orient pour une raison totalement indéfendable — avoir une liberté sans contrôle pour terroriser et diriger le peuple palestinien et étendre ses frontières selon les zélotes israéliens qui l’entendent.

Pour instaurer une paix durable au Moyen-Orient, les États-Unis doivent mettre fin à leur chèque en blanc contre les guerres perpétuelles d’Israël et s’allier au reste du monde pour forcer Israël à vivre dans ses frontières reconnues internationalement du 4 juin 1967.

Le plan en dix (14) points de l’Iran peut servir de base à une paix régionale globale — si les États-Unis acceptent la réalité d’un État palestinien. Dans ce cas, l’Iran accepterait probablement de cesser de financer les belligérants non étatiques, et Israël, la Palestine, le Liban et toute la région pourraient vivre dans une sécurité mutuelle et la paix.

Ce résultat devrait servir de base à un accord négocié entre les États-Unis et l’Iran dans les deux prochaines semaines.

Le peuple américain a clairement exprimé ses opinions. Une enquête en 2025 (Pew 7 avril 2026) révèle que la plupart des Juifs américains manquent de confiance en Netanyahu et soutiennent la solution à deux États. La plupart des Américains considèrent désormais l’Iran d’un maivais oeil, la plus grande défaveur de l’histoire. (Pew 7 avril 2026)

La sympathie pour Israël a atteint un plus bas niveau depuis 25 ans. Maintenant, la classe politique doit rattraper le public.

La paix est à portée de main, si les États-Unis la saisissent. La proposition de l’Iran est sérieuse et le cessez-le-feu constitue une ouverture fragile pour un règlement global.

La question est de savoir si les États-Unis permettront, une fois de plus, à Israël de détruire la paix, ou plutôt, s’opposeront cette fois aux intérêts de l’Amérique et du monde pour une paix durable.

 11 avril 2026, Common Dreams


 Levée des sanctions, nucléaire... Que contient le plan iranien en dix points proposé à Trump ?

Les États-Unis et l'Iran se sont mis d'accord mercredi pour un cessez-le-feu de deux semaines en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz. Téhéran a transmis une "proposition en dix points" pour la paix, considérée par Washington comme une "base viable pour négocier". Voici ce que l'on sait de cette proposition.

Le Plan en 10 points

Le plan, publié par le Conseil suprême de la sécurité nationale, inclut "le principe de non-agression, la poursuite du contrôle iranien du détroit d’Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement en uranium, la levée de toutes les sanctions primaires, la levée de toutes les sanctions secondaires", ont indiqué la télévision d'État iranienne et l'agence Mehr.

L'Iran réclame aussi l'arrêt des résolutions contre la République islamique votées par le Conseil de sécurité de l'ONU et par le conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le versement à l'Iran de compensations, le retrait des forces militaires américaines de la région et la cessation des combats sur tous les fronts dont celui du sud du Liban, où le Hezbollah, allié de Téhéran, combat Israël.

Voici les éléments du plan proposé par l'Iran aux États-Unis rapportés par les médias d'État :

  • Les États-Unis doivent s’engager à garantir, en principe, la non-agression.
  • Maintien du contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz.
  • Acceptation de l’enrichissement en uranium.
  • Levée de toutes les sanctions initiales.
  • Levée de toutes les sanctions secondaires.
  • Abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité.
  • Abrogation de toutes les résolutions du Conseil des gouverneurs de l'AIEA.
  • Paiement de réparations à l’Iran.
  • Retrait des forces de combat américaines de la région.
  • Cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre le Hezbollah au Liban.

Une base de négociation "viable"

Dans un message partagé sur son réseau Truth Social, le président américain Donald Trump a confirmé la réception de cette proposition. "Nous avons reçu une proposition en dix points de la part de l'Iran, et nous estimons qu'elle constitue une base de négociation viable", a expliqué Donald Trump.

La Maison Blanche a ensuite indiqué envisager des "discussion en personne" avec les Iraniens.

Publié le : 08/04/2026, France 24